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La dalle funéraire austère de Frédéric le Grand sur la terrasse la plus haute du vignoble de Sanssouci, parsemée de pommes de terre laissées par les visiteurs, contre l'aile est du palais. Coupe-file disponible

Sans Souci : le roi qui bâtit un palais pour cesser d'être roi

Le vignoble qu'il commanda en 1744, les dix pièces qu'il dessina lui-même, la tombe qu'il creusa avant même l'achèvement du palais, et les pommes de terre que des inconnus y déposent encore.

Mis à jour en août 2026 · Équipe conciergerie Sanssouci Palace Tickets

La plupart des palais royaux sont des démonstrations de pouvoir. Sanssouci est une démonstration d'évasion. Lorsque Frédéric II de Prusse ordonna en 1744 de transformer en vignoble en terrasses la colline nue qui domine Potsdam, il était un jeune roi à la troisième année de règne, déjà célèbre dans toute l'Europe comme soldat, et déjà épuisé par le rôle de monarque. Le palais qu'il fit ensuite ériger au sommet des vignes, d'après son propre croquis, en à peine deux ans, était délibérément tout ce qu'une résidence royale prussienne n'aurait pas dû être : un seul étage, dix pièces, pas de salle du trône, pas d'appartements de la reine, et un nom français au-dessus de la porte qui se traduit par « sans souci ». Il y passa près de quarante étés, y disputa avec Voltaire, et exigea par écrit d'y être enterré auprès de ses chiens. L'histoire de ce dernier vœu, qui mit 205 ans à se réaliser, et la raison pour laquelle les visiteurs déposent aujourd'hui des pommes de terre crues sur sa dalle funéraire, est la meilleure introduction courte à Frédéric le Grand qui soit. Elle est racontée ci-dessous, et chaque scène en est encore visible aujourd'hui sur la colline du vignoble.

1744 : un vignoble avant un palais

Sanssouci ne commença pas comme un projet de construction mais comme un ordre de jardinage. En août 1744, Frédéric ordonna que la colline désolée au-dessus de Potsdam soit taillée en un grand vignoble en terrasses, et le dessin qui en résulta demeure ce que le site a de plus singulier : de vastes terrasses incurvées descendant le versant sud, des treilles de vignes importées du Portugal, d'Italie et de France palissées contre la brique tiède, et des figuiers poussant dans des niches vitrées ménagées dans les murs de soutènement. Un escalier central d'environ 120 marches descend à travers les terrasses jusqu'au bassin de la fontaine en contrebas. C'était un jardin de travail autant qu'un ornement, et c'était précisément le propos. Frédéric mettait en scène une idée absorbée dans ses lectures : l'idéal antique du souverain qui se retire des affaires de l'État pour cultiver sa terre.

Ce n'est qu'une fois le vignoble existant que le palais suivit. La première pierre fut posée le 14 avril 1745, et le bâtiment fut achevé en 1747, une rapidité stupéfiante pour une résidence royale, due en grande partie à sa petitesse délibérée. Frédéric avait esquissé le concept lui-même et l'avait confié à son architecte, Georg Wenzeslaus von Knobelsdorff, pour le réaliser : un pavillon rococo de plain-pied de dix pièces principales seulement, posé directement sur la crête des terrasses, afin que le roi puisse passer de son cabinet d'étude directement parmi les vignes. La description du patrimoine mondial de l'UNESCO pour l'ensemble de Potsdam distingue le palais comme « le palais rococo par excellence », et un siècle plus tard, la cour prussienne honorait encore la date : l'église de la Paix, commencée en 1845 à la lisière du parc, fut programmée pour commémorer la pose de cette première pierre.

La dispute avec Knobelsdorff, et ce qu'elle révèle

La construction du palais contient une querelle célèbre, et il vaut la peine de la connaître car elle explique le bâtiment. Knobelsdorff, le professionnel, voulait élever Sanssouci sur un étage de soubassement et l'avancer jusqu'au bord de la terrasse, afin que, depuis le pied de la colline, le palais s'élève avec majesté au-dessus des vignes, comme une résidence royale se doit de le faire. Frédéric refusa. Il ne voulait aucun escalier entre ses pièces et son jardin ; il voulait sortir de sa bibliothèque et se trouver dans le vignoble. Le résultat est la singularité que chaque visiteur remarque depuis le bas : vu de la fontaine, le palais disparaît à moitié derrière la terrasse supérieure, un bâtiment accroupi plutôt qu'élancé. Le désaccord allait plus loin que l'esthétique, et en 1746 Knobelsdorff fut écarté du projet ; Jan Bouman, l'entrepreneur hollandais, le mena à son terme.

La postérité a donné raison au roi. Un palais bâti pour dominer la colline n'aurait été qu'une déclaration baroque de plus dans une Europe qui en était pleine ; le palais que Frédéric imposa est au contraire une machine de vie privée. Le nom qu'il lui donna n'était pas une décoration. Le texte d'accueil du site lui-même le dit clairement : le nom Sanssouci, sans souci, « doit se comprendre comme le vœu premier et le leitmotiv du roi, car c'était le lieu où il préférait se retirer en compagnie de ses chiens ». À Sanssouci, il écrivait, composait et jouait de la flûte dans la salle de Marbre ovale, lisait les auteurs grecs et romains dans une bibliothèque circulaire lambrissée de cèdre d'environ 2 100 volumes, accessible par un passage depuis sa chambre, et dînait avec les plus fins causeurs qu'il pouvait importer, Voltaire en tête. Les affaires d'État étaient pour Berlin. La colline était pour l'autre Frédéric.

La preuve que l'exiguïté de Sanssouci relevait d'un choix et non d'une contrainte se trouve à deux kilomètres de là, à l'autre extrémité du parc. Après la guerre de Sept Ans, le même roi fit édifier le Neues Palais, un colosse de 200 pièces qu'il qualifia lui-même de « fanfaronnade », son morceau de bravoure, élevé pour montrer à l'Europe que la Prusse n'était pas brisée. Frédéric savait voir grand ; il refusait simplement d'y vivre, réservant le grand palais aux occasions d'État et aux hôtes de marque, tandis qu'il regagnait chaque été ses dix pièces au-dessus des vignes. Se promener aujourd'hui entre les deux édifices, c'est lire la plus courte biographie complète de l'homme qui soit : le roi public à un bout de l'allée, l'homme privé à l'autre, et au visiteur de juger lequel des deux bâtiments il entendait vraiment.

Une tombe creusée quarante ans plus tôt

Voici le détail qui distingue Sanssouci de tous les autres palais de plaisance d'Europe : avant même que le palais ne soit achevé, Frédéric avait fait préparer une chambre funéraire sur la terrasse la plus élevée du vignoble. Il avait à peine trente ans. Sa volonté, répétée et consignée par écrit tout au long de sa vie, était d'y être enterré dans une tombe simple et retirée, sans cérémonie, auprès de ses lévriers bien-aimés, dont les petites pierres bordent encore la terrasse à côté de la sienne. « Quand je serai là, je serai sans souci », aurait-il dit de cet endroit : une fois que j'y serai, je n'aurai plus aucun souci. Le palais fut sa répétition de cet état ; la tombe devait en être l'achèvement. Il garda cet arrangement sous les yeux durant tout son règne, un memento mori intime à quelques pas des fenêtres de son cabinet de travail.

Il s'éteignit à Sanssouci le 17 août 1786, et son vœu fut aussitôt ignoré. Son neveu et successeur, peu enclin à ensevelir le roi le plus illustre d'Europe sous une simple dalle de jardin, fit placer le cercueil dans la crypte de l'église de la Garnison à Potsdam, aux côtés de ce père dont Frédéric avait passé sa jeunesse à subir les brutalités. L'ironie était totale : le roi qui avait bâti un palais pour fuir la Prusse paternelle se trouvait figé dans l'éternité à ses côtés. Et il y demeura durant un siècle et demi, tandis qu'au-dessus de lui Sanssouci se muait en monument national et que la tombe qu'il avait réellement demandée restait vide sur la terrasse.

Les funérailles de 205 ans

Le vingtième siècle fit ensuite voyager le cercueil de Frédéric à travers l’une des périples les plus singuliers de l’histoire funéraire européenne. Dans les dernières années de la Seconde Guerre mondiale, alors que Potsdam était sous les bombes, les sarcophages de Frédéric et de son père furent déplacés par mesure de sécurité : d’abord vers un bunker près de Geltow, puis au fond d’une mine de sel à Bernterode, où les forces américaines les découvrirent en 1945. De là, les cercueils poursuivirent leur route vers l’ouest, séjournant à Marburg, avant de trouver refuge en 1952 au château de Hohenzollern, perché dans les collines de Souabe, berceau ancestral de la dynastie, à plusieurs centaines de kilomètres du vignoble où Frédéric avait demandé à reposer. Pendant toute la guerre froide, sa tombe demeura ainsi doublement déplacée : la terrasse de Sanssouci se trouvait en Allemagne de l’Est, son cercueil à l’Ouest, et l’enterrement simple qu’il avait spécifié en 1744 semblait à jamais hors de portée.

La réunification allemande l’a rendu possible. Dans la nuit du 17 août 1991, 205 ans jour pour jour après sa mort, le cercueil de Frédéric fut ramené à Sanssouci et descendu dans la chambre préparée sur la terrasse la plus haute, après la tombée de la nuit et sans faste, exactement comme son testament l’avait exigé. Ce choix de la nuit relevait d’une fidélité délibérée : ni théâtre d’État, ni oraison funèbre, mais enfin un enterrement aux conditions du roi. Aujourd’hui, l’emplacement est marqué par une simple dalle de pierre portant uniquement son nom, posée à plat dans l’herbe près de l’aile est du palais, avec les pierres des lévriers alignées à proximité. L’accès est libre dès que le parc est ouvert, et l’endroit est en permanence, mystérieusement décoré, ce qui nous amène aux pommes de terre.

Pourquoi il y a des pommes de terre sur la tombe

Restez dix minutes devant la dalle funéraire et vous verrez presque à coup sûr la scène se produire : un visiteur s’avance et dépose une pomme de terre crue sur la pierre, parfois plusieurs, et de temps à autre une coiffée d’une petite couronne en papier. Cet hommage renvoie à l’histoire que tout écolier allemand connaît, celle de Frédéric en Kartoffelkoenig, le roi de la pomme de terre. Au XVIIIe siècle, raconte-t-on, les paysans prussiens refusaient de planter cet étrange tubercule ; Frédéric eut alors recours à la mise en scène : il fit poster des gardes royaux autour de ses champs de pommes de terre le jour, signe que cette culture était assez précieuse pour être protégée, puis les retira la nuit afin que des locaux entreprenants puissent voler les plants et les cultiver chez eux. La psychologie inversée comme politique agricole. Que les faits se soient déroulés exactement ainsi ou non, Frédéric a bel et bien imposé la culture de la pomme de terre par une série de décrets, et ce légume devint, de son vivant, un pilier de l’alimentation prussienne.

Les historiens affirment avec une franchise souriante que la légende dépasse la réalité : la pomme de terre avait déjà conquis les jardins prussiens avant la naissance de Frédéric, introduite par ses prédécesseurs, et l’anecdote du champ gardé relève d’un folklore invérifiable. Peu importe, au pied de la tombe. Les pommes de terre continuent d’arriver, parce que cette histoire condense tout ce que l’on veut croire de ce roi singulier — une ruse mise au service du bien-être de ses sujets ordinaires plutôt que de la conquête — et parce qu’il y a quelque chose d’irrésistible à honorer le bâtisseur d’un palais rococo avec le mets le plus humble d’Europe. L’administration du palais déblaye périodiquement la dalle ; elle se recouvre en quelques jours. Frédéric, qui avait demandé des funérailles sans cérémonie et reçut à la place un hommage infini, informel et végétal, aurait sans doute apprécié la plaisanterie. Il est, au moins, enfin là où il avait souhaité être : sur sa terrasse, au-dessus de ses vignes, sans souci.

Questions fréquentes

Que signifie Sanssouci ?

Il signifie « sans souci » en français. Ce nom était le programme de Frédéric le Grand pour le palais : une retraite de dix pièces où il pouvait vivre en privé, entouré de ses livres, de sa musique et de ses chiens, loin de la cour de Berlin.

Pourquoi les visiteurs déposent-ils des pommes de terre sur la tombe de Frédéric le Grand ?

En hommage à sa promotion de la culture de la pomme de terre en Prusse, et à la légende selon laquelle il aurait trompé des paysans méfiants pour qu'ils plantent cette culture en faisant garder ses champs de pommes de terre ostensiblement le jour et en les laissant sans surveillance la nuit, afin que les plants soient volés.

L'histoire de la pomme de terre est-elle vraie ?

Seulement en partie. Frédéric a bien promulgué des décrets encourageant la culture de la pomme de terre, mais celle-ci était déjà arrivée en Prusse avant son règne, et l'astuce des champs gardés relève du folklore. Les historiens y voient un mythe qui a perduré parce qu'il colle à sa réputation de ruse.

Où exactement Frédéric est-il enterré ?

Sous une simple dalle de pierre sur la terrasse la plus haute du vignoble de Sanssouci, à côté de l'aile est du palais, avec les tombes de ses lévriers à proximité. Il y a été réinhumé dans la nuit du 17 août 1991, 205 ans après sa mort, comme il l'avait demandé dans son testament.

Pourquoi n'a-t-il pas été enterré à Sanssouci à sa mort ?

Son successeur a passé outre sa volonté écrite et a placé le cercueil dans la crypte de l'église de la Garnison de Potsdam, aux côtés de son père. Des évacuations en temps de guerre l'ont ensuite déplacé, via un bunker près de Geltow et la mine de sel de Bernterode, jusqu'au château de Hohenzollern en 1952, avant le retour de 1991.

Faut-il un billet pour voir la tombe ?

Non. La tombe se trouve dans la partie libre du parc, sur la terrasse supérieure, ouverte tous les jours de 8 h jusqu'à la tombée de la nuit. Seul l'intérieur du palais nécessite un billet à heure fixe.